Face à un déficit de légitimité populaire et démocratique plus qu’évident, le pouvoir de fait, issu de la mascarade électorale du 12 décembre, tente de se légitimer par d’autres moyens. Ainsi, la reconnaissance timide, puis unanime, du nouveau pouvoir par les puissances impérialistes, notamment les USA, la France, l’UE, la Russie et la Chine, qui étaient toutes amies de Bouteflika et sa “3issaba” il y a juste quelques mois, est présentée comme un triomphe majeur de la diplomatie de la fraude. 

Mais, c’est la mort subite et inattendue de Gaïd Salah, dont les funérailles sont vite comparées par les propagandistes du régime à celles de Boumédiène et même plus, qui est exploitée à merveille.

L’indécence avec laquelle la récupération politicienne de son décès est mise en scène traduit la posture d’un pouvoir à l’affût du moindre événement, fusse-t-il la mort dun homme, pour en faire une aubaine lui permettant de redorer son blason. Au-delà de ceux qui étaient embauchés pour la circonstance, l’émotion humaine et naturelle d’une partie de la population face à la mort de Gaïd Salah, qui s’explique particulièrement par un contexte de crise politique qui perdure et dont l’issue heureuse est incertaine, est vite récupérée sans retenue au profit d’un pouvoir illégitime et non reconnu par une large majorité du peuple.

Mais, l’exploitation politicienne de ce fait a ses limites.

Les racines profondes du Hirak populaire sont toujours là : le pouvoir corrompu et autoritaire, l’absence des libertés démocratiques, le désastre économique et social induit par les politiques libérales et la domination des puissances étrangères et leurs multinationales sur notre pays.

Autrement dit, ce que les millions d’algériennes et d’algériens dénoncent à travers le mot d’ordre “système dégage” est encore là. Et Gaïd Salah restera dans l’Histoire comme celui qui a assuré la continuité du système par la fraude électorale, la répression et le déni des libertés démocratiques.

Après cet épisode politicien éphémère, le Hirak peut gagner en maturité, après dix mois de mobilisation, par un saut qualitatif en se structurant par l’auto organisation à la base, d’une part, et par l’introduction des revendications et des aspirations économiques et sociales aux côtés des revendications démocratiques d’autre part. C’est ainsi qu’on arrivera à construire le rapport de force politique qui permettra la mise en place d’une assemblée constituante souveraine !

La lutte continue !

Mahmoud Rechidi
 
 
 

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