Hôpital Mustapha Pasha, © Yelles / Wikicommons
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Par Hocine G. La covid-19 a montré à une échelle de masse la grande faiblesse de notre système de santé. Une faiblesse déjà pointée du doigt par les nombreuses campagnes de collecte d’argent pour les besoins de malades nécessitant des transferts à l’étranger pour des pathologies non soignées en Algérie. Le manque de place, le manque de personnel, mais surtout les pénuries d’oxygène plongent les malades et leurs parents dans un désarroi effroyable.
Loin de moi l’idée de chercher une quelconque circonstance atténuante à l’incurie de nos gestionnaires, voir à leur irresponsabilité criminelle dans certains cas. Il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une pandémie et que des pays de loin plus nantis que nous ne s’en sortent pas mieux.

Certes plusieurs facteurs entrent en jeu, tel que le dépistage, la densité de la population, les conditions de vie, l’âge… pour expliquer la contamination, mais surtout la mortalité. Cependant, les pays les plus riches et qui ont officiellement le meilleur système de santé au monde comptent un nombre de morts plus important et un ratio plus élevé que l’Algérie même si la tragédie est probablement sous-estimée. (En l’absence de transparence dans la comptabilisation des cas, des voix s’élèvent, par ailleurs, pour contester les chiffres publiés par le gouvernement).
Malgré des moyens plus importants, un personnel médical plus nombreux et qualifié et des structures sanitaires et hospitalières plus nombreuses ces systèmes se sont avérés incapables de garantir, à leurs citoyens, une protection à la hauteur de leur réputation.

Dans ces pays le système de santé est qualifié de mixte (public/privé), mais les hôpitaux sont gérés comme des entreprises guidées par la logique lucrative ou le gain financier est primordial. Malgré une médecine de qualité, celle-ci profite essentiellement aux riches.

Si dans l’urgence et la proximité des faits, il est plus facile de designer les responsables d’une situation quelconque, force est d’admettre que l’état de délabrement de notre système de santé a des causes structurelles qui se renforcent et s’enracinent de plus en plus. La casse de notre système de santé public a commencé au début des années 90. S’appuyant sur la crise financière et sur injonction de la banque mondiale un processus de privatisation a été amorcé. Nous en payons aujourd’hui les conséquences.

L’état de notre système de santé ne s’améliorera pas si nous continuons à le saboter, à le dénigrer et à faire l’éloge des systèmes de santé en vigueur dans les pays industriels. N’est-ce pas que les mêmes causes produisent en général les mêmes effets ? Eh bien les mêmes politiques libérales qui ont saboté notre système de santé continuent d’être menées aujourd’hui. On ne peut pas d’un côté accepter et laisser faire la casse de la médecine publique en lui substituant la médecine privée et se plaindre ensuite de l’incapacité de cette même médecine publique à être à la hauteur des besoins de santé de la population.

S’il n’y a pas assez de moyens dans nos hôpitaux c’est parce qu’avec la privatisation du système de santé, la Cnas consacre de plus en plus d’argent au remboursement des actes médicaux (remboursement de médicaments, chirurgie cardiovasculaire, dialyse, accouchements, chirurgie dentaire, ophtalmologie etc…), qui ont explosé avec la prolifération de la médecine privée, au détriment de la part destinée aux hôpitaux publics.

En 2002, les prestations sociales consacrées aux remboursements des différents actes médicaux étaient de 44 milliards de DA. En 2013 le montant s’élevait déjà à 205 milliards DA, soit une augmentation de 161 milliards DA. Par contre la part qui revenait aux hôpitaux publics était en 2002 de 24 milliards DA. En 2013, le montant ne s’élève qu’à 49 milliards soit une augmentation de seulement 25 milliards DA (source Ministère de l’emploi).

Aujourd’hui la médecine privée est représentée par 197 établissements hospitaliers, 365 établissements de santé ambulatoires, 7298 cabinets de médecins généralistes, 9042 de cabinets spécialisés, 6514 de chirurgiens-dentistes, et 10260 pharmacies. Cette médecine privée qui opte pour les créneaux les plus rentables capte l’essentiel du financement de la cnas et ne participe pas à l’effort de lutte contre la pandémie. La lutte contre la covid-19 repose essentiellement, voir exclusivement, sur la médecine publique qui s’incarne dans 15 CHU, 81 EHS, 206 EPH, 273 EPSP, 1706 Polycliniques. Il convient donc de nous mobiliser fortement et sérieusement pour sauver notre système de santé publique de la lente agonie planifiée en lui consacrant plus de moyens matériels, techniques et humains lui permettant d’être à la hauteur de sa mission.

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