Par Aidoune Azzedine

Depuis quelques jours on assiste à des compagnes de sensibilisation, menées dans les villes et les villages, contre les dangers de la COVID-19 et les moyens de s’en prémunir. Mais également on assiste à des cagnottes portées par des dynamiques populaires qui viennent pallier au manque flagrant des équipements nécessaires dans les hôpitaux dans leur lutte contre le virus. Ces cagnottes, véritables ”banques populaires”, vient témoigner de la faillite d’un système de santé de plus en plus marchandisé depuis que l’Etat a enfourché le cheval de la libéralisation économique. Une logique de développement du sous-développement qui passe par la destruction du secteur public et la promotion d’un secteur privé porté par le gain facil et immédiat. L’état de nos hôpitaux aujourd’hui et dont la COVID a étalé comme un miroir, est la parfaite illustration de ce casse programmé. Mais là n’est pas l’objet de l’article.

En parallèle, nous assistons à une sortie de l’ornière de patrons pour prendre en charge les besoins immédiats des hôpitaux et principalement les concentrateurs et générateurs à oxygène. Des sorties fortement médiatisées dont les dons de charité le disputent au marketing. Des hachtags à foison ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux et des appels à consommer telle ou telle marque font légion.

Disons le d’entrée de jeu pour ne pas se méprendre. Il est nullement ici de rejeter la contribution de quiconque en ces temps d’urgence sanitaire où chaque dons contribue à sauver des vies humaines. Mais nous essayeront par contre de montrer la portée politique d’une telle démarche pour en tirer les conclusions nécessaires.


Secteur privé et économie nationale

Depuis l’abandon de la logique développementaliste des années 60-70 et la conversion vers un rentabilisation capitaliste sous Chadli. Nous avons assisté à l’émergence d’un secteur privé qui s’est affranchi de la tutelle étouffante de l’étatisme en se donnant pour ambition de voler de ses propres ailes. Ces oligarques, qui en partie ont effectué leur accumulation de capital sous le régime de Boumediene, n’ont pas cessé de bénéficier des largesses de l’Etat entre exonérations, libéralisation du commerce extérieur, défiscalisation, octroi d’assiette de terrains, ligne de crédit…etc. Ce processus de rentabilisation capitaliste, ou communément appelé Infitah, a connu un accélérateur sous les 20 ans de règne du Bouteflikisme qui, conjoncture économiquement aidant, a vu naitre une caste d’oligarques animés par le profil immédiat (capitalisme de la chkara) et spécialisés dans l’importation et le montage. La mémoire collective conserve l’image du gonflage des pneus comme métaphore d’un privé immature et sans consistance.
Parallèlement, se sont développées des pratiques mafieuses de ces oligarques entre blanchiment d’argent et évasion fiscale. À titre indicatif, la contribution fiscale du secteur privé ne dépasse pas les 1% du PIB alors qu’il représente 80% du PIB hors hydrocarbure, alors que l’IRG qui est prélevé à la source est 2 fois supérieur à l’IBS (Impôt sur les Bénéfices des Sociétés). La surfacturation et autres transferts illicites sont estimés pour la seule année de 2015 à près de 14 milliards de dollars, alors que 33,4 milliards d’euros circulent hors circuit bancaire.
Les signes de leur richesse sont ostentatoirement étalés sur la place publique. Dans son livre ”Algrie post-Hirak” Abdelatif rebah cite un exemple significatif. En 2014, 5.35% des biens acquis par des étrangers à Paris et sa région appartiennent à des algériens, figurant ainsi dans le quatuor de tête à égalité avec les britanniques.

Les indicateurs ne manquent pas et les procès de quelques oligarques dans la foulée des marches du Hirak nous donnent un aperçu de l’etat de rapine qui s’est érigé en norme en rongeant même les hautes institutions de l’état au point que argent et haute fonction venaient à se confondre.

Les dons de certains particuliers qui viennent pallier à une situation d’urgence ne doit en aucun cas nous dispenser d’une critique sans concession de ce qui est la logique libérale et ses derives successives.
Aussi bienvenue soient elles, ces aides ne doit en aucune manière nous faire renoncer à l’exigence de récupérer l’argent dilapidé pour les mettre au service de la majorité du peuple. Aussi bonnes que soient les intentions des uns et des autres, des enquêtes doivent être ouvertes sur ceux qui ont asséché l’économie nationale et une réorientation économique aux profit des masses populaires doit s’opérer.

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