Par Mahmoud Rechidi

La grève des magistrats, ainsi que sa suspension, à suscité, fort heureusement, des réactions diverses. Mais, certains camarades et amiEs, qui ont dénoncé cette grève « corporatiste » enclenchée pour des raisons « professionnelles » seulement, m’ont donné l’impression de se réjouir de « l’arrêt » de cette grève, suite à l’accord honteux du SNM avec la tutelle, juste parce qu’ils ou elles « avaient raison » de ne pas soutenir un tel mouvement. Ils avaient toute une liste d’exigences et de conditions préalables que le mouvement des magistrats devait remplir avant toute solidarité.

Pourtant, la solidarité avec les magistrats bastonnés à Oran, ce qui est évident et élémentaire, aurait pu ouvrir les yeux à tout le monde pour voire que cette grève, suivie officiellement par 96% des juges, est avant tout un fait politique qui requiert une grande importance dans le contexte actuel de notre pays.

En effet, et à l’instar de l’appareil sécuritaire par exemple, l’appareil judiciaire et l’un des piliers centraux du régime. À cet égard, toute contestation pouvant mener à une crise majeure de ce pilier pourrait devenir une crise majeure du système.

La contestation par les magistrats de la décision autoritaire des mutations à la hussarde de près de 3000 juges (soit 50 % des effectifs) par le Haut Conseil de la Magistrature (HCM), qui est présidé par le chef de l’exécutif, est une première dans les annales. Ces mutations qui constituent, dans la foulée et partiellement, des représailles contre certains juges récalcitrants et des règlements de compte avec d’autres, remettent au centre du débat la question de la mainmise du pouvoir exécutif sur l’appareil judiciaire et la nécessaire indépendance de la justice d’une part, et remettent en cause les dispositions constitutionnelles actuelles consacrant cet état de fait d’autre part. Ne pas s’en saisir dans un contexte de grave crise politique du régime et de grandes mobilisations populaires ne peut être qu’une faute politique. Comment faire progresser la conscience, y compris des magistrats, au sujet de la fonction de la justice de classe et de la nécessité d’une justice au service de la majorité du peuple, si nous ne sommes pas solidaires de ce mouvement sur des revendications « élémentaires » mais éminemment politiques ?

Bien entendu, il aurait fallut soutenir ce mouvement de grève des magistrats qui aurait pu se radicaliser et exacerber ainsi les contradictions internes du régime. Il aurait fallu lui proposer avec force que la place des magistrats est du côté du soulèvement révolutionnaire populaire.

Se contenter de critiques, qui pourraient être justes dans le fond, mais qui n’aident pas sur le terrain à pousser les magistrats à converger avec le Hirak mais plutôt à retomber dans les bras du système n’est certainement pas une bonne politique.

Car, au fond, la révolution est une perspective concrète qui fait partie des possibles. Mais, le programme révolutionnaire ne devient hégémonique dans la société que s’il réussit à affaiblir les autres programmes et attirer, non seulement les travailleurs et les démunis, mais aussi des secteurs de la petite bourgeoisie sur lesquels s’appuie le régime pour se régénérer.

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