Par Samir Larabi.

Le conflit social qui prévaut en ce moment au sein de l’entreprise Numilog, filiale du groupe Cevital, demeure l’événement qui a défrayé la chronique au niveau local et national.

La lutte des travailleurs de Numilog de Béjaïa, inaugurée par la grève cyclique amorcée le 6 juillet 2020, demeure l’un des plus longs conflits syndicaux qu’a connu la région depuis quelques années.

L’employeur, aveuglé par son mépris social, ne se doutait aucunement que le conflit prendra une telle ampleur et cette large visibilité, voire la large solidarité syndicale et politique. C’est devenu un véritable bourbier pour le groupe Cevital, duquel même ses relais locaux et médiatiques n’ont pu le faire sortir.

Un conflit d’ordre démocratique

Certes, les racines de ce conflit social sont d’ordre socioprofessionnel, liées essentiellement aux mauvaises conditions de travail, à l’amélioration des salaires et au népotisme qui règne au sein de l’entreprise. Des revendications qui auraient pu être réglées d’un revers de main, mais la doxa néolibérale dominante et le mépris ont dominé et pris le dessus. Ce qui a poussé les salariés à s’organiser dans un cadre légal et à se syndiquer le plus vite possible.

Mais l’employeur refuse encore une fois d’écouter les sonnettes d’alarme, de recevoir les délégués syndicaux démocratiquement élus par les travailleurs et de reconnaître la section syndicale. Pis, il procède au licenciement de 3 délégués syndicaux et poursuit en justice trois autres travailleurs. Un acte qui change la nature du conflit en une bataille pour le droit syndical et le respect des libertés syndicales. Un sursaut de dignité et une vague de colère très profonde envahissent la majorité des travailleurs. Une grève cyclique annoncée à partir du 6 juillet 2020 acte le début d’un conflit dur.

Les tergiversations

Tout au long du conflit, l’employeur a usé de toutes les ruses et subterfuges pour faire face au vent du changement qui commence à souffler sur l’entreprise. L’employeur refuse toute forme de conciliation comme le stipule la réglementation et les principes démocratiques et licencie l’ensemble des travailleurs grévistes. Il refuse l’application des décisions de justice portant réintégration des travailleurs et l’ouverture des portes de l’entreprise. Par ailleurs, il décide de réintégrer certains travailleurs en difficultés s’ils dénoncent leurs collègues et se démarquent du syndicat.

Le Comité de participation (CP) dont les prérogatives ne concernent pas les conflits sociaux a été mobilisé à l’occasion pour tromper l’opinion publique et les travailleurs de l’entreprise.

Dans ce conflit, des sous-traitants politiques, fascistes de surcroît, ont été mobilisés pour se lancer dans une campagne pour dénigrer les travailleurs, le syndicat et les soutiens politiques des travailleurs licenciés. Il leur fallait à tout prix casser le moral des troupes, les isoler et empêcher toute forme de solidarité. Il ne manquait plus que d’envoyer des « Baltaguis » pour faire dégénérer les manifestations.

La résistance

Tout au long du conflit, les travailleurs en lutte de Numilog ont pu résister et tenir le coup face à l’arrogance patronale et aux violentes campagnes de dénigrement des Baltaguis politiques de l’employeur.

Ils ont tenu malgré les suspensions des salaires et la pression de la vie quotidienne. Ils ont résisté grâce à leur détermination, à leur cohésion et à la gestion démocratique du mouvement de contestation. Ce sont des véritables guerriers, chacun protégeant l’autre et tous se partagent les rôles avec une grande efficacité. Car ils croient à leur cause et ils sont des enfants du peuple d’en bas.

Ils ont réussi à gagner la sympathie de la population de Béjaïa. Ils ont pu grâce à la solidarité agissante rendre leur mouvement plus visible à l’échelle nationale et internationale. Quand ils distribuaient les tracts en ville, on notait la sympathie et la solidarité de la population locale, contrairement à certains pseudo-militants qui discutent du sexe des anges sur Facebook.

Chaque jour ils sont de plus en plus déterminés à arracher leurs droits sociaux et démocratiques. Leur dynamisme et mentalité hirakiste ont fait bouger les lignes et brouiller les pistes des détracteurs. En l’espace de quelques semaines, ils ont pu cumuler une grande expérience syndicale et éviter de reproduire les échecs du passé. C’est ainsi qu’ils ont pu créer une un processus d’unité syndicale à la base porteur d’espoir à l’avenir, chose qu’on a constaté de visu lors de la grande marche du 12 septembre 2020 é Béjaïa.

Unité et solidarité

La lutte des travailleurs de Numilog est plus que légitime, à savoir la réintégration des travailleurs licenciés abusivement et le respect du droit syndical. Ces travailleurs en lutte ont encore besoin de notre solidarité agissante sur tous les plans : financier, moral et politique. La solidarité doit s’intensifier d’avantage dans tous les secteurs mobilisés de la région de Béjaïa et au niveau national.

Les prochaines mobilisations doivent être de grands moments de convergence de tous les syndicats et de la population locale pour imposer la réintégration des travailleurs licenciés abusivement et le respect du droit syndical.

L’émiettement de nos forces et de nos troupes ne feront que renforcer le camp du patronat public ou privé. Nous devons résister dans l’unité la plus large face à ce rouleau compresseur patronale qui remet en cause nos acquis sociaux et démocratiques.

Une seule voie

La direction de Numilog et de Cevital ne doivent pas s’entêter d’avantage et tourner le dos aux exigences démocratiques et sociales des travailleurs. Cevital n’a pas le droit de refuser l’application des décisions de la justice.

Tôt ou tard, la direction sera dans l’obligation d’accepter la nouvelle donne au sein du groupe Cevital. Ce groupe doit enfin comprendre que le dépassement du conflit passe d’abord par une véritable négociation avec les délégués syndicaux des travailleurs. Des négociations transparentes, sans quelles soit parasitées par les « hellaba » de Cevital. C’est la seule voie plausible et légale pour le règlement de se conflit social. C’est la voie de la raison pour ceux qui veulent bien entendre raison.

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