Depuis quelques semaines le monde fait face à une pandémie qui menace la vie de millions de personnes. La propagation rapide du Covid-19 à travers les cinq continents et les dizaines de milliers de personnes déjà fauchées par ce virus mortel, démontrent l’impuissance du système de santé mondiale. Un système fragilisé par un long processus de politiques néolibérales qui ont livré la santé publique aux lois du marché. 

Elément pour comprendre le processus de libéralisation de notre système de santé

Notre population subit en ce moment les affres du Covid-19 qui intervient à un moment ou notre système de santé est totalement désarmé face à cette épidémie. Depuis les années 80, les gouvernements successifs ont appliqué l’ensemble des recettes des institutions monétaires internationales qui visent à déstructurer nos services publics en les soumettant aux règles de la rentabilité, autrement dit à leur marchandisation. Le système de santé est le service public qui a subi le plus de dégâts. Les politiques d’austérité, prises conformément aux injonctions du FMI et de la Banque mondiale, se sont traduites concrètement par l’arrêt des recrutements durant plusieurs années, l’arrêt de la formation des personnels de santé et un délabrement des infrastructures et des équipements, tout ça conjugué à une gestion opaque, bureaucratique et répressive qui a marginalisé et brimé notre personnel de santé. La paupérisation des travailleurs de la santé (salaires bas, pas de prise en charge de la pénibilité…) et les conditions de travail misérables ont été mises à nu par les nombreuses grèves du personnel de la santé et le mouvement des médecins résidents de ces dernières années. Au niveau organisationnel, la réforme des structures hospitalières qui a abouti à la transformation des SECTEURS SANITAIRES (décret n°242-25 du 05/1981) en Établissements publics Hospitaliers (médecine curative) et Établissements Publiques de Santé Proximité (soins de santé de base et de prévention) ont achevé la prévention générale au profit de la médecine curative considérée plus rentable, une option pour aider à l’émergence du secteur hospitalier privé. Les EPSP, qui ont la charge des programmes de prévention, ont hérité de très peu de moyens humains et matériels lors de la restructuration (fin 2007). Cette restructuration est accompagnée par des budgets qui ne répondent pas au besoin de la santé.

Cette pandémie intervient dans un contexte politique particulier, caractérisé par de nombreuses luttes syndicales éparses pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs et l’insurrection du peuple (Hirak), déterminé à changer le régime et l’ordre établi. Devant la nouvelle menace que représentait l’épidémie, le Hirak populaire s’est imposé une trêve pour sauvegarder les vies humaines et participer à la campagne de prévention contre le Covid 19. C’est le Hirak qui a fait une large campagne de sensibilisation pour la distanciation sociale et le confinement partiel qui ont été appliqués dans plusieurs régions sans même attendre l’ordre du « chef de l’Etat ou de son gouvernement ».

Le manque flagrant des moyens de protection (masques, gants, combinaisons, lunettes, alcool, solution hydro alcoolique), de moyens de dépistage et de réanimation, a créé un désarroi du personnel médical et paramédical devant l’épidémie. La gestion bureaucratique de l’information, la réaction lente à l’annonce de l’épidémie prouve que le pouvoir ne se soucie pas réellement de la santé de la population. Le fait que la répression continue son bonhomme de chemin, que des condamnations sont toujours prononcées en ce moment de trêve générale et de mobilisation générale contre l’épidémie prouve que le pouvoir est mu par le souci de mettre un terme au hirak. L’attitude patronale face à cette crise sanitaire, la spéculation commerciale démontrent encore une fois que quelque soit la tragédie, la lutte de classe ne connait pas de trêve. Que la bourgeoisie ne laisse aucun répit à la population laborieuse. En effet la bourgeoisie privée et publique a mis en congé un nombre important de salariés jusqu’au début du mois d’avril 2020 tout en défalquant ces journées de leurs congés annuels. Ce n’est pas aux travailleurs de payer l’état d’urgence sanitaire, mais aux employeurs. Le congé est un droit constitutionnel et un acquis de longues luttes ouvrières. C’est même une obligation légale pour préserver la santé des travailleurs. L’instruction présidentielle ne prend pas en considération les travailleurs précaires, journaliers, artisans, manœuvres, serveurs… et la liste est longue. Ceux qui restent en activité sont soumis à un manque de moyens les plus élémentaires de prévention. Le cynisme patronal peut aller jusqu’au licenciement de salariés prétextant de la crise. Pourquoi exposer les travailleurs qui font le montage des frigos et des machines à laver à un risque ? Face à cette logique de profit du patronat, l’Etat doit imposer la fermeture de toutes les entreprises dont la production n’est pas indispensable pour faire face à cette pandémie et garantir la totalité des salaires. Devant la gravité de la situation et face à la démission de l’Etat, une campagne de publicité éhontée braque ses projecteurs sur quelques bourgeois affairistes qui cherchent à soigner leurs images ternies par des scandales successifs, tandis que des bénévoles et des donateurs anonymes se mobilisent dans les quartiers et villages pour organiser la solidarité avec des personnes qui sont dans le besoin.

Exigeons de l’état des mesures d’urgences !

Le confinement des populations à lui seul est insuffisant devant la pandémie, une campagne de dépistage massive est plus que vitale. Cependant, ce confinement des populations ne doit pas être un prétexte pour le régime de réduire nos droits démocratiques et sociaux, en accentuant la répression et en imposant son agenda politique au peuple en lutte pour la reconquête de sa souveraineté populaire. Le contrôle démocratique de la production par les travailleurs est l’alternative pour garantir une économie au service des besoins réels de la population, mais ce contrôle ne peut être possible qu’avec la généralisation de l’auto-organisation dans les usines et nos lieux de vie.

Contrairement à ceux qui préconisent que l’Etat doit jouer un rôle uniquement régulateur pour se concentrer sur ses missions « essentielles », pour nous, nous exigeons de leur Etat, qu’il joue un rôle majeur pour endiguer la pandémie, en prenant des mesures d’urgence sanitaires et sociales.

–          Mobilisation immédiate de toutes les entreprises et ateliers de textile pour la fabrication du matériel de protection afin d’alimenter les Hôpitaux et sa distribution gratuite pour l’ensemble de la population. Une réquisition des entreprises pharmaceutiques et orienter leur production sur les produits urgents pour faire face à la pandémie

–          Réquisition immédiate des structures sanitaires relevant du secteur privé, à savoir les cliniques, matériel médical, laboratoires d’analyses et d’imageries, parcs roulant et le personnel.

–          Réquisition des hôpitaux militaires.

–          Acquisition dans l’immédiat du matériel pour le dépistage, des équipements de réanimation, du matériel de protection.

–          Mobilisation des étudiants du corps médical et paramédical.

–          Une meilleure prise en charge de l’ensemble du personnel médical (Hébergement, transport et indemnités conséquentes, etc.). Dans un secteur ou le personnel féminin est dominant, la prise en charge adaptées de leurs familles est indispensable.

–          Réquisition de toutes les structures et bâtiments (publiques et privés) pour l’opération de confinement, notamment pour les SDF et les cas d’urgences médicales.

–           Mobilisation immédiate de toutes les entreprises et ateliers de textile pour la fabrication du matériel de protection afin d’alimenter les Hôpitaux et sa distribution gratuite pour l’ensemble de la population. Une réquisition des entreprises pharmaceutiques et orienter leur production pour faire face à la pandémie.

–          Dotation en urgence des APC de moyens financiers et matériels pour faire face aux urgences et surtout à la prise en charge des démunis.

–          Mobilisation urgente des appareils et machines agricoles pour leurs utilisations dans l’opération de désinfections.

–          La mobilisation de l’ensemble des entreprises de nettoyage et de désinfection pour participer gratuitement dans les opérations de désinfection immeubles et des équipements publics.

–          Réquisition de l’ensemble des entreprises qui produisent et distribuent les aliments de grandes nécessités. Des aliments qui doivent être vendus à bas prix et distribués gratuitement pour les nécessiteux.

–          L’état, à travers ses différents démembrements, doit contrôler rigoureusement le marché du gros, du demi-gros et du détail, ainsi que les airs de stockage. A court terme, l’Etat doit relancer les coopératives de fruits et légumes publiques, des unités de commercialisations pour un contrôle sur le marché et endiguer les différentes formes de spéculation et de pénuries.

–          Mettre à la disposition des travailleurs non confinés, exerçants dans les secteurs dont la production est essentielle, les moyens de transports, de protections pour accomplir leurs tâches dans des conditions convenables du point de vue sanitaire.

Exigeons la mise en place d’un plan d’urgence social

– Le payement de l’intégralité des salaires pour les travailleurs confinés sans toucher à leurs congés annuels.

– Interdiction des licenciements économiques.

-Des salaires pour l’ensemble travailleurs journaliers, des petits artisans, saisonniers de l’agriculture, femmes de ménages indépendantes, etc.

– L’octroi d’indemnités conséquentes pour l’ensemble des travailleurs précaires, journaliers et artisans pauvres (allocation chômage pour les chômeurs et les femmes au foyer)

– L’augmentation des indemnités des ayants droits, handicapés et familles sans revenues.

– La protection des populations vulnérables telles que les femmes et les enfants victimes de violences.

– La prise en charge psychologique de populations confinées.

– Mise en place des programmes pédagogiques et de divertissements spécifiques au profit des confinés (distribution gratuite de livres, bibliothèques numérique).

Face aux tentatives d’embrigadement du gouvernement, agissons pour une auto-organisation populaire !

En ce moment de crise et de panique, des voix s’élèvent pour exiger l’instauration de l’état d’urgence pour soi-disant combattre le Covid-19. L’état d’urgence va suspendre toutes les libertés démocratiques et brimer toutes les voix discordantes, comme il tente de le faire en ce moment, en s’attaquant aux militants et comités auto-organisés. En situation d’urgence le citoyen perd toute possibilité de gestion de transparente de la crise sanitaire et sa participation à l’effort de lutte contre le Covid. Il ne sera utilisé pas pour préserver nos vies, mais pour décapiter le Hirak populaire.

C’est dans un contexte de délabrement total du système de santé qui fait que nous ne disposons pas de moyens de dépistages, de moyens de protection et d’un personnel aujourd’hui insuffisant et souvent paupérisé. C’est pour cela que le confinement, qui nous rappelle les pratiques du moyen âge, est une barrière contre le développement de cette pandémie. Mais son organisation par les collectifs, comités populaires des quartiers et villages, syndicats, etc. est une urgence pour limiter les dégâts sur le plan sanitaire et sociale. C’est cette auto-organisation qu’il nous faut consolider et élargir sur tout le territoire national face aux logiques totalitaires d’un pouvoir illégitime qui entreprend d’embrigader la société par ses relais, rappelés à l’occasion. Notre auto-organisation permet de juger les risques, de choisir ce qui est utile à produire, à faire fonctionner, et ce qui l’est moins, c’est à notre organisation de concevoir la solidarité avec les personnes les plus fragiles, etc. Aucune confiance ne doit être accordée aux initiatives du pouvoir si elle n’est pas contrôlée par notre auto-organisation.

Les militantEs révolutionnaires, syndicalistes, militantEs associatifs associations et les citoyenEs (hommes et femmes) doivent prendre part activement aux taches de construction de toutes les formes de comités, de collectifs ou de cellules de crises pour organiser la prévention contre le Covid-19 et la solidarité, ainsi que la sauvegarde de notre processus révolutionnaire. Un travail de coordination peut se faire avec les secteurs de la santé, la protection civile et les collectivités locales, sans tomber dans une sorte d’embrigadement que le gouvernement tente d’imposer. Des formes d’organisations autonomes qui seront aussi le lieu privilégié pour débattre démocratiquement, pas seulement de notre système de santé, mais aussi de toutes les questions économiques, sociales, culturelles, démocratique… posées.

Le 31 Mars 2020

LARABI Samir

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